Publié dans À court de poèmes (le club de lecture), Littérature, Poésie

Maison Tanière – Pauline Delabroy-Allard (Sept. 2021 @acourtdepoemes)

Lecture réalisée dans le cadre d’une lecture commune sur tout le mois de Septembre avec mon club de lecture @acourtdepoemes

L’autrice, Pauline Delabroy-Allard pose ses valises le temps de quelques semaines d’été, durant deux étés différents, dans une maison d’amis afin de se déconnecter du monde et de faire un peu d’introspection. Écriture, repos, remise en question, retour à soi sont les seuls objectifs de ces quelques jours loin de tout et coupé de tout. 

Durant le premier été, l’été 2017, l’autrice écrira son premier roman, Ça raconte Sarah, un premier roman à succès publié dans la prestigieuse maison d’édition, Les éditions de Minuit. 

Avant d’écrire ce texte, Pauline a un rituel, chaque matin elle lance un vinyle, le met en scène, le photographie et se laisse le temps de la chanson pour écrire un court poème que peut lui inspirer la mélodie. Ce moment est un rituel qui donne vie à des poèmes qui prennent vie au sein de ce premier recueil de poésie, Maison Tanière

À, l’été 2019, Pauline retourne dans cette maison tanière comme elle aime l’appeler après une année 2018 riche en interview, rencontres, tournées… Cette fois-ci l’heure est au repos, au calme, au besoin de se retrouver silencieusement entre ces murs familiers où tout a commencé. Cette année-là, ce ne sont plus des vinyles qui illustrent les pensées-poèmes de l’autrice mais le plafond puisque chaque jour elle s’offre le cadeau de s’allonger quelques minutes sur le sol afin d’observer presque religieusement le plafond de cette maison sous divers angles et prendre le temps d’appuyer sur pause. 

La vie de l’autrice :

D’après Wikipédia, puisque je ne connais malheureusement pas personnellement l’autrice, Pauline Delabroy-Allard est née en 1988. Elle a fait des études de lettres classiques, est devenue libraire, puis professeure documentaliste dans un lycée, métier qu’elle couple désormais aujourd’hui à son autre casquette, celle d’autrice. 

Mais Pauline c’est également une histoire de femme engagée et moderne. En effet, elle met au monde son premier enfant, Bertille, à 22 ans et se sépare du papa rapidement pour des raisons qui ne regardent personne d’autre qu’eux, néanmoins elle se retrouve à élever sa fille en solo du haut de sa vingtaine. Mais ce n’est pas tout, Pauline, c’est aussi l’histoire d’un coup de foudre tout à fait inattendu avec une femme, elle qui jusque-là n’a aimé que des hommes, se retrouve surprise par ses sentiments nouveaux mais partagés avec la personne qui changera toute sa vie, Sarah (Sarah, qui a elle-même vécue exclusivement des histoires d’amours avec des hommes, c’est une première pour toutes les deux). Ensemble elles décident d’avoir un enfant, c’est ainsi que Sarah tombe enceinte d’Irène. De cet amour grandissant né un projet fou pour Pauline, co-allaiter ce bébé qu’elle n’a pas porté. Depuis 1999, le docteur Newman a mis en place un protocole de lactation induite au Canada, testé sur 250 femmes adoptives dont l’objectif était le suivant, donner la possibilité à des mamans qui n’ont pas pu porter leur bébé, de l’allaiter.  C’est ainsi, après un protocole précis que je vous invite à découvrir plus en détail si le sujet vous intéresse, que Pauline s’est retrouvée à avoir des montées de lait et à pouvoir nourrir sa fille. Un beau combat, d’autant que Sarah qui a eu un cancer du sein quelques années auparavant n’a de son côté pas réussit à allaiter Irène. Le co-allaitement prévu initialement est donc devenu un allaitement exclusif pour Pauline qui a pu tisser des liens forts avec Irène. L’une porte, l’autre allaite. 

C’est à compter de 2020, que l’autrice s’engage publiquement (suite à la naissance d’Irène) pour la PMA pour les couples homosexuels. Elle s’exprime régulièrement sur sa vie et son engagement dans la presse (cf. la Une du magazine Milk, pour ne citer que lui) ou dans des podcasts (sa prise de parole sur le premier podcast dédié à la maternité Bliss Stories, pour ne citer que lui aussi). Son allaitement long est également un acte militant : « Les seins sont des objets érotiques, ah oui, mais aussi des objets de pouvoir. Loin de moi la vision de l’allaitement comme un esclavage (…). Au contraire, je vois dans l’allaitement une liberté politique qui m’est chère. Grâce à l’allaitement j’échappe au système marchand, mon lait est gratuit et me rend indépendante de la nutrition industrielle (et capitaliste). »

Avec son roman Ça raconte Sarah, paru aux Éditions de Minuit, racontant la passion amoureuse de deux femmes, l’autrice montre une fois de plus son engagement, fort et percutant, pour défendre les minorités, ici les femmes et plus précisément les lesbiennes. Le roman ne se veut pas spécialement autobiographique, néanmoins il se rapproche beaucoup de sa vie, l’interprétation est donc libre en fonction des lecteurs et lectrices de l’autrice. 

Entre temps, l’autrice a publié deux livres pour enfant, Avec toi, qui parle d’un enfant élevé seul par sa mère et des relations qui se tissent mais également, Le dégâts des eaux, qui raconte d’une manière douce et poétique l’aventure folle de devenir un grand frère. 

En 2021 elle publie son premier recueil de poème, Maison Tanière, qui fait l’objet de l’article du jour. Actuellement, l’autrice travaille sur un nouveau texte qu’elle a entamé durant l’été 2021 lors d’un court séjour à Berlin. Affaire à suivre donc 😉 !

Analyse du poème : 

Le recueil est divisé en deux parties bien distinctes à la fois grâce à :

  • la mise en page puisque dans la première partie les photos sont sur la page de droite et les poèmes sur la page de gauche là où dans la seconde partie les photos sont sur la page de gauche et les poèmes sur la page de droite
  • la césure par les titres des parties : Les jours absents puis Les jours couchés.
  • les thématiques abordées, la première partie étant plus douce et mélodieuse s’est créée grâce à la photographie et l’écoute d’un vinyle chaque jour. La seconde partie étant plus sombre et plus retranchée s’est quant à elle créée grâce à l’observation du plafond et de leurs photographies quotidiennes. 
  • la temporalité la première partie se déroule avant la publication du roman, Ça raconte Sarah, là où l’autre se déroule après publication et médiatisation du coup. 

La première partie de ce recueil met en lumière des thématiques plus lumineuses, plus solaires, plus douces et nostalgique : La maternité (28 juillet), le manque de la personne que l’on aime (29 juillet), le sexe (07 août), l’amour (10 août), la nostalgie (12 août). On y découvre ainsi une Pauline amoureuse, heureuse, sensuelle et observatrice. 

Observatrice de sa relation, de sa vie, des étiquettes qu’elle s’est posée (mère, femme, lesbienne…) mais également observatrice du quotidien, qu’elle tente de rendre doux et beau, de mettre en évidence, en lumière, comme pour tenter de photographier l’instant et ne rien oublier de cette douceur de vivre, de cet été retranché un peu particulier (30 juillet, 02 août, 12 août). On y découvre aussi une autrice passionnée. Elle est passionnée par les musiques qu’elle écoute chaque matin, passionnée par ce rituel d’écouter une musique chaque matin, passionnée par ce défi d’écriture, passionnée par sa vie, cette maison, sa Sarah, son amour pour elle, son amour pour Bertille, passionnée par la dolce vita et l’écriture, passionnée par les dimanches. Dimanches qu’elle met en écho à travers deux poèmes celui du 30 juillet et celui du 06 août, au point d’en reprendre quelques vers du 30 juillet dans le poème du 06 août : « des miettes qui font une constellation – sur la nappe tachée de lumière ». Un premier dimanche qu’elle passe seule dans la maison tanière suivi d’un dimanche accompagné d’invités. Quel dimanche préfère-t-elle ? Je vous laisse le deviner. 

La seconde partie du recueil a un rythme plus decrescendo, en effet on passe de thématiques intenses et sombres : l’épuisement (10 juillet), la dépression (11 juillet), le manque de la personne que l’on aime (18 juillet), les craintes (20 juillet) ; à un regain d’énergie et d’espoir : la thérapie des mots et du repos (21 juillet), le désir (22 juillet). C’est bon signe et cela signifie qu’elle s’est retrouvée là-bas et qu’elle repart de ces jours off rebootée pour la suite. 

Dans quasiment chaque poème de cette seconde partie, l’autrice expose par les mots qu’elle est allongée soit de manière très claire « Je me suis couchée », « Couchée sur le dos », soit plus subtile « Moi qui garde le lit ». On a une vision très assommante d’elle-même et de sa vie à ce moment précis, ce n’est que dans l’avant-dernier poème (21 juillet) qu’on comprend qu’elle va mieux et qu’elle s’est remise « les murs m’ont regardée – me remettre sur pieds – soulagés ». 

On ressent à la lecture de cette seconde partie et notamment de ces vers, nous aussi un grand soulagement, Pauline va mieux, elle va pouvoir reprendre sa vie en main et reprendre le chemin de l’écriture. 

Je profite également d’être dans l’analyse pour vous présenter probablement mon passage préféré d’un aspect purement littéraire :

Paresse des langueurs de l’été – Caresses des longues heures enfermées (04 août, partie 1)

Cette prosonomasie (cf. Wikipédia : la prosonomasie est une figure de transformation phonique qui a pour effet de rapprocher des mots de sens différents mais partageant une sonorité semblable) me met en joie. Je trouve qu’à l’oral c’est d’autant plus percutant, essayez, vous verrez à quel point ces vers sont beaux et sensuels. 

Mon avis sur le recueil : 

Une fois de plus je suis subjuguée par le talent et par l’écriture de l’autrice. Je trouve qu’elle arrive toujours à transmettre un panel d’émotions et de sensations, et, c’est bien souvent ce que je recherche dans mes lectures : être touchée et trouver une écriture qui me parle. 

Dans ce recueil on vit intensément la vie, la vraie, en quelques pages, la tristesse, la mélancolie, le désarroi, les doutes, l’amour, la passion, la joie on vit tout presque aussi fort qu’elle. J’ai aimé suivre cette quête d’identité pré-publication et post-publication dans ce lieu si particulier où l’on sent l’autrice rassurée, écoutée, presque encouragée par les murs de cette tanière. Le recueil est une vague à l’âme qui transporte par remous de sensibilité le lecteur. 

Une nouvelle fois un coup de cœur, une nouvelle fois je suis émue et touchée par la subtilité des mots, toujours utilisé avec le plus grand soin par l’autrice, une nouvelle fois je vais recommander ce livre un peu trop souvent, une nouvelle fois je m’impatiente de lire le prochain recueil, le prochain roman, le prochain album, bref le prochain n’importe quoi de l’autrice !

Note : 4.5 sur 5.

Et vous alors, l’avez-vous lu ? Si oui, l’avez-vous lu dans le cadre du club de lecture ou pas du tout ? Quel a été votre poème préféré ? Si non, avez-vous maintenant envie de le lire et de découvrir l’autrice ? Dans tous les cas j’espère que l’analyse vous aura plu ! Merci de l’avoir lu jusqu’au bout !

Avec toute mon amitié, Marine.

S’offrir le livre tout en me soutenant : https://amzn.to/3gFF1AP

Auteur :

Illustratrice - Féministe - Lectrice

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