Publié dans Romans graphiques

La guerre de Maurice – Cary Fagan & Enzo Lord Mariano

La guerre de Maurice est une bande dessinée basée sur une histoire vraie. Elle retrace le parcours d’une famille juive qui doit fuir la Belgique car des ressortissants Allemands débarquent pour les mener en camp. Malgré le sujet difficile, les illustrations aux traits extrêmement doux d’Enzo Lord Mariano rendent le tout beau et tendre.

Je me suis attachée tout de suite à Maurice et sa famille qui vont de villes en villes et pays en pays pour tenter de sauver leur peau. C’est d’autant plus percutant lorsque l’on sait que l’histoire est bien réelle. Mention spéciale d’ailleurs au dossier que l’on peut découvrir en toute fin de la bande dessinée qui apporte un autre regard et d’autres éléments pour compléter l’histoire, notamment sur le futur de Maurice, son frère, sa soeur et ses parents.

Une nouvelle fois le travail éditorial et graphique réalisé par les éditions des éléphants est fantastique. Je trouve que chaque parution de cette maison d’édition est un véritable bijou qui se lit à tout âge. Bref, je recommande chaudement tout aussi bien pour les plus grands, que pour les collégiens, que pour les professeurs qui aimeraient avoir un support plus « ludique » pour parler de la guerre aux élèves.

Note : 4 sur 5.

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Publié dans Romans graphiques

Le mari de mon frère T2 et T3 | Gengoroh Tagame

Une suite toujours aussi belle que son premier tome. Le personnage de Kana est toujours aussi touchant et le papa commence tout doucement à apprécier Mike, le mari de son frère. Les préjugés amenés sont très bien dosés et même si l’univers se veut tendre et doux, les propos restent parfois troublants (cf la scène de la maman d’une amie de Kana, qi ne veut pas que sa fille aille chez Kana après les cours parce qu’elle a de mauvaises fréquentations). Je passe toujours un très bon moment en compagnie de cette famille que l’on voit évoluer et je me languis où tout ça va nous mener.

Note : 3.5 sur 5.

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Ce tome 3 est pour le moment mon préféré pour la simple et bonne raison que Yaichi, le papa de Kana devient de plus en plus tolérant envers Mike, il ne le considère plus seulement comme un homosexuel mais comme un membre de sa famille. Ils réussissent à tisser des liens et partager des moments uniques entre eux. Par le prisme de Yaichi on se rend compte que les adultes se questionnent bien plus sur ce qui est bien et pas bien qu’un enfant, puisque Kana est innocente et ne voit rarement le mal, elle est nature peinture et partage ses émotions ouvertement ce qui permet aux adultes (et au lecteur) de se questionner sur ce qui est juste ou pas. Une chose est sûre c’est qu’au plus on avance dans l’intrigue au plus on s’attache aux personnages et au moins on a envie de les quitter. Il ne me reste, de mon côté, plus qu’à trouver le dernier tome pour pouvoir achever la saga et avoir le dénouement de cette histoire.

Note : 4 sur 5.

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Publié dans Romans graphiques

Le mari de mon frère, T1 | Gengoroh Tagame

J’ai envie de lire cette mini série de manga depuis une éternité mais sans jamais avoir pu mettre la main dessus à la bibliothèque jusqu’à aujourd’hui. Oui, j’aurais pu l’acheter mais c’est quelque chose que je fais rarement pour les mangas puisqu’en règle général il y a trop de tomes et que selon moi ça devient trop rapidement une rente, breeeeeeef, je m’égare. Je suis donc tombée sur le tome 1, 2 et 3 à la médiathèque pour mon plus grand bonheur et j’ai donc pu commencer la série.

Au global, j’ai passé un très bon moment, je trouve l’univers doux, mignon et Kana la petite fille extrêmement attendrissante et innocente. Et, il faut l’avouer, ça fait beaucoup de bien avec la période. J’ai par contre eu un petit peu plus de mal avec le papa de Kana, qui semble avoir beaucoup d’apriori, beaucoup de non-dits et qui pour moi n’en fais pour le moment pas un personnage attachant. Affaire à suivre ! 🙂

Note : 3.5 sur 5.

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Publié dans Romans graphiques

Autour d’elles, tome 1 – Shino Torino

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de manga et c’est sur celui-ci que j’ai jeté mon dévolue. Et quel bonheur de se replonger dans une petite série familiale remplie de nostalgie et de douceur.

Dans Autour d’elles on suit deux protagonistes principales, Michiru et Maya. Ces deux dernières étaient en couple à la fac et ce sont séparées pour suivre leurs chemins de vie. C’est seulement cinq ans après cette séparation que Michiru refait son apparition dans la vie de Maya, mais… elle ne revient pas seule puisqu’elle est devenue la maman de Yûta.

J’ai trouvé ça extrêmement beau de plonger dans le quotidien de ces deux femmes. On vacille entre remise en question, nostalgie, enjeux professionnels et éducation d’un jeune enfant. Le quotidien paraît vraiment réel c’est un joyeux bazars organisé. Ce premier tome m’a gentiment rappelé l’histoire de Gengoroh Tagame avec sa série de manga Le mari de mon frère que j’avais énormément aimé en début d’année. Je me réjouies sincèrement de découvrir la suite d’Autour d’elles et je vous invite chaudement à vous procurer ce premier tome si vous aimez la douceur, les moments de vie doux et authentiques et bien sûr les histoires LGBTQ+ (sinon, passez votre chemin) !

Note : 4 sur 5.

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Publié dans Maternité et Parentalité

Le dégât des eaux – Pauline Delabroy-Allard & Camille Jourdy

Oui, je sais, vous allez finir par croire que je ne lis plus que du Pauline Delabroy-Allard, et vous n’aurez pas tort. En règle général quand je tombe en amour d’une plume on ne m’arrête plus. Finalement c’est ce qui s’est passé avec l’autrice, en moins d’une année j’ai lu toute son oeuvre et maintenant je regrette presque ce choix parce que je dois désormais patienter et attendre qu’elle publie de nouveau quelque chose. Heureusement pour moi, il lui arrive d’écrire de bien jolis textes sur son compte Instagram, ainsi, j’ai un peu l’impression de lire le début d’un nouveau livre et ça me met du baume au coeur.

Une fois de plus, j’ai trouvé cet album magnifique aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Les textes de l’autrice sont poétiques et délicats. Les illustrations de Camille Jourdy (autrice d’un de mes romans graphiques préférés, Rosalie Blum), sont resplendissantes. Chaque page est une prouesse visuelle et donne envie de passer des heures entières à observer les moindres détails.

Quant à l’histoire, elle est très originale. Cela peut permettre d’aborder en douceur la thématique de l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur. Une belle découverte, encore, qui confirme ce que je savais déjà, je suis absolument fan du travail pointilleux, onirique et poétique de Pauline Delabroy-Allard et de l’univers haut en couleur de Camille Jourdy.

Un album à lire et relire à souhait.

Note : 4 sur 5.

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Publié dans Littérature, Poésie

Maison Tanière – Pauline Delabroy-Allard

Lecture réalisée dans le cadre d’une lecture commune sur tout le mois de Septembre avec mon club de lecture @acourtdepoemes

L’autrice, Pauline Delabroy-Allard pose ses valises le temps de quelques semaines d’été, durant deux étés différents, dans une maison d’amis afin de se déconnecter du monde et de faire un peu d’introspection. Écriture, repos, remise en question, retour à soi sont les seuls objectifs de ces quelques jours loin de tout et coupé de tout. 

Durant le premier été, l’été 2017, l’autrice écrira son premier roman, Ça raconte Sarah, un premier roman à succès publié dans la prestigieuse maison d’édition, Les éditions de Minuit. 

Avant d’écrire ce texte, Pauline a un rituel, chaque matin elle lance un vinyle, le met en scène, le photographie et se laisse le temps de la chanson pour écrire un court poème que peut lui inspirer la mélodie. Ce moment est un rituel qui donne vie à des poèmes qui prennent vie au sein de ce premier recueil de poésie, Maison Tanière

À, l’été 2019, Pauline retourne dans cette maison tanière comme elle aime l’appeler après une année 2018 riche en interview, rencontres, tournées… Cette fois-ci l’heure est au repos, au calme, au besoin de se retrouver silencieusement entre ces murs familiers où tout a commencé. Cette année-là, ce ne sont plus des vinyles qui illustrent les pensées-poèmes de l’autrice mais le plafond puisque chaque jour elle s’offre le cadeau de s’allonger quelques minutes sur le sol afin d’observer presque religieusement le plafond de cette maison sous divers angles et prendre le temps d’appuyer sur pause. 

La vie de l’autrice :

D’après Wikipédia, puisque je ne connais malheureusement pas personnellement l’autrice, Pauline Delabroy-Allard est née en 1988. Elle a fait des études de lettres classiques, est devenue libraire, puis professeure documentaliste dans un lycée, métier qu’elle couple désormais aujourd’hui à son autre casquette, celle d’autrice. 

Mais Pauline c’est également une histoire de femme engagée et moderne. En effet, elle met au monde son premier enfant, Bertille, à 22 ans et se sépare du papa rapidement pour des raisons qui ne regardent personne d’autre qu’eux, néanmoins elle se retrouve à élever sa fille en solo du haut de sa vingtaine. Mais ce n’est pas tout, Pauline, c’est aussi l’histoire d’un coup de foudre tout à fait inattendu avec une femme, elle qui jusque-là n’a aimé que des hommes, se retrouve surprise par ses sentiments nouveaux mais partagés avec la personne qui changera toute sa vie, Sarah (Sarah, qui a elle-même vécue exclusivement des histoires d’amours avec des hommes, c’est une première pour toutes les deux). Ensemble elles décident d’avoir un enfant, c’est ainsi que Sarah tombe enceinte d’Irène. De cet amour grandissant né un projet fou pour Pauline, co-allaiter ce bébé qu’elle n’a pas porté. Depuis 1999, le docteur Newman a mis en place un protocole de lactation induite au Canada, testé sur 250 femmes adoptives dont l’objectif était le suivant, donner la possibilité à des mamans qui n’ont pas pu porter leur bébé, de l’allaiter.  C’est ainsi, après un protocole précis que je vous invite à découvrir plus en détail si le sujet vous intéresse, que Pauline s’est retrouvée à avoir des montées de lait et à pouvoir nourrir sa fille. Un beau combat, d’autant que Sarah qui a eu un cancer du sein quelques années auparavant n’a de son côté pas réussit à allaiter Irène. Le co-allaitement prévu initialement est donc devenu un allaitement exclusif pour Pauline qui a pu tisser des liens forts avec Irène. L’une porte, l’autre allaite. 

C’est à compter de 2020, que l’autrice s’engage publiquement (suite à la naissance d’Irène) pour la PMA pour les couples homosexuels. Elle s’exprime régulièrement sur sa vie et son engagement dans la presse (cf. la Une du magazine Milk, pour ne citer que lui) ou dans des podcasts (sa prise de parole sur le premier podcast dédié à la maternité Bliss Stories, pour ne citer que lui aussi). Son allaitement long est également un acte militant : « Les seins sont des objets érotiques, ah oui, mais aussi des objets de pouvoir. Loin de moi la vision de l’allaitement comme un esclavage (…). Au contraire, je vois dans l’allaitement une liberté politique qui m’est chère. Grâce à l’allaitement j’échappe au système marchand, mon lait est gratuit et me rend indépendante de la nutrition industrielle (et capitaliste). »

Avec son roman Ça raconte Sarah, paru aux Éditions de Minuit, racontant la passion amoureuse de deux femmes, l’autrice montre une fois de plus son engagement, fort et percutant, pour défendre les minorités, ici les femmes et plus précisément les lesbiennes. Le roman ne se veut pas spécialement autobiographique, néanmoins il se rapproche beaucoup de sa vie, l’interprétation est donc libre en fonction des lecteurs et lectrices de l’autrice. 

Entre temps, l’autrice a publié deux livres pour enfant, Avec toi, qui parle d’un enfant élevé seul par sa mère et des relations qui se tissent mais également, Le dégâts des eaux, qui raconte d’une manière douce et poétique l’aventure folle de devenir un grand frère. 

En 2021 elle publie son premier recueil de poème, Maison Tanière, qui fait l’objet de l’article du jour. Actuellement, l’autrice travaille sur un nouveau texte qu’elle a entamé durant l’été 2021 lors d’un court séjour à Berlin. Affaire à suivre donc 😉 !

Analyse du poème : 

Le recueil est divisé en deux parties bien distinctes à la fois grâce à :

  • la mise en page puisque dans la première partie les photos sont sur la page de droite et les poèmes sur la page de gauche là où dans la seconde partie les photos sont sur la page de gauche et les poèmes sur la page de droite
  • la césure par les titres des parties : Les jours absents puis Les jours couchés.
  • les thématiques abordées, la première partie étant plus douce et mélodieuse s’est créée grâce à la photographie et l’écoute d’un vinyle chaque jour. La seconde partie étant plus sombre et plus retranchée s’est quant à elle créée grâce à l’observation du plafond et de leurs photographies quotidiennes. 
  • la temporalité la première partie se déroule avant la publication du roman, Ça raconte Sarah, là où l’autre se déroule après publication et médiatisation du coup. 

La première partie de ce recueil met en lumière des thématiques plus lumineuses, plus solaires, plus douces et nostalgique : La maternité (28 juillet), le manque de la personne que l’on aime (29 juillet), le sexe (07 août), l’amour (10 août), la nostalgie (12 août). On y découvre ainsi une Pauline amoureuse, heureuse, sensuelle et observatrice. 

Observatrice de sa relation, de sa vie, des étiquettes qu’elle s’est posée (mère, femme, lesbienne…) mais également observatrice du quotidien, qu’elle tente de rendre doux et beau, de mettre en évidence, en lumière, comme pour tenter de photographier l’instant et ne rien oublier de cette douceur de vivre, de cet été retranché un peu particulier (30 juillet, 02 août, 12 août). On y découvre aussi une autrice passionnée. Elle est passionnée par les musiques qu’elle écoute chaque matin, passionnée par ce rituel d’écouter une musique chaque matin, passionnée par ce défi d’écriture, passionnée par sa vie, cette maison, sa Sarah, son amour pour elle, son amour pour Bertille, passionnée par la dolce vita et l’écriture, passionnée par les dimanches. Dimanches qu’elle met en écho à travers deux poèmes celui du 30 juillet et celui du 06 août, au point d’en reprendre quelques vers du 30 juillet dans le poème du 06 août : « des miettes qui font une constellation – sur la nappe tachée de lumière ». Un premier dimanche qu’elle passe seule dans la maison tanière suivi d’un dimanche accompagné d’invités. Quel dimanche préfère-t-elle ? Je vous laisse le deviner. 

La seconde partie du recueil a un rythme plus decrescendo, en effet on passe de thématiques intenses et sombres : l’épuisement (10 juillet), la dépression (11 juillet), le manque de la personne que l’on aime (18 juillet), les craintes (20 juillet) ; à un regain d’énergie et d’espoir : la thérapie des mots et du repos (21 juillet), le désir (22 juillet). C’est bon signe et cela signifie qu’elle s’est retrouvée là-bas et qu’elle repart de ces jours off rebootée pour la suite. 

Dans quasiment chaque poème de cette seconde partie, l’autrice expose par les mots qu’elle est allongée soit de manière très claire « Je me suis couchée », « Couchée sur le dos », soit plus subtile « Moi qui garde le lit ». On a une vision très assommante d’elle-même et de sa vie à ce moment précis, ce n’est que dans l’avant-dernier poème (21 juillet) qu’on comprend qu’elle va mieux et qu’elle s’est remise « les murs m’ont regardée – me remettre sur pieds – soulagés ». 

On ressent à la lecture de cette seconde partie et notamment de ces vers, nous aussi un grand soulagement, Pauline va mieux, elle va pouvoir reprendre sa vie en main et reprendre le chemin de l’écriture. 

Je profite également d’être dans l’analyse pour vous présenter probablement mon passage préféré d’un aspect purement littéraire :

Paresse des langueurs de l’été – Caresses des longues heures enfermées (04 août, partie 1)

Cette prosonomasie (cf. Wikipédia : la prosonomasie est une figure de transformation phonique qui a pour effet de rapprocher des mots de sens différents mais partageant une sonorité semblable) me met en joie. Je trouve qu’à l’oral c’est d’autant plus percutant, essayez, vous verrez à quel point ces vers sont beaux et sensuels. 

Mon avis sur le recueil : 

Une fois de plus je suis subjuguée par le talent et par l’écriture de l’autrice. Je trouve qu’elle arrive toujours à transmettre un panel d’émotions et de sensations, et, c’est bien souvent ce que je recherche dans mes lectures : être touchée et trouver une écriture qui me parle. 

Dans ce recueil on vit intensément la vie, la vraie, en quelques pages, la tristesse, la mélancolie, le désarroi, les doutes, l’amour, la passion, la joie on vit tout presque aussi fort qu’elle. J’ai aimé suivre cette quête d’identité pré-publication et post-publication dans ce lieu si particulier où l’on sent l’autrice rassurée, écoutée, presque encouragée par les murs de cette tanière. Le recueil est une vague à l’âme qui transporte par remous de sensibilité le lecteur. 

Une nouvelle fois un coup de cœur, une nouvelle fois je suis émue et touchée par la subtilité des mots, toujours utilisé avec le plus grand soin par l’autrice, une nouvelle fois je vais recommander ce livre un peu trop souvent, une nouvelle fois je m’impatiente de lire le prochain recueil, le prochain roman, le prochain album, bref le prochain n’importe quoi de l’autrice !

Note : 4.5 sur 5.

Et vous alors, l’avez-vous lu ? Si oui, l’avez-vous lu dans le cadre du club de lecture ou pas du tout ? Quel a été votre poème préféré ? Si non, avez-vous maintenant envie de le lire et de découvrir l’autrice ? Dans tous les cas j’espère que l’analyse vous aura plu ! Merci de l’avoir lu jusqu’au bout !

Avec toute mon amitié, Marine.

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Publié dans Littérature, Littérature

La familia grande – Camille Kouchner

TW : inceste, agression sexuelle

Ce livre est un texte autobiographique qui parle d’inceste. Pour comprendre ce livre il faut comprendre l’autrice. Camille Kouchner est la fille de Bernard Kouchner, politicien et d’Evelyne Pisier, autrice et politiste. C’est également la nièce de l’actrice Marie-France Pisier. Elle est donc issue d’une bonne famille, aisée, politisée et surtout avide de pouvoir et succès. Ce livre est assez dénonciateur d’une partie de la société qui se veut élitiste mais qui sous couvert de privilèges se permet de faire des actes épouvantables.

La familia grande est une fresque familiale en quatre parties qui se veut légère au début, puis, au fur et à mesure, plus sombre pour laisser la place au drame et à un secret de famille inavouable : l’inceste du frère jumeau de Camille par son beau-père. Ce secret est lourd à porter pour des enfants mais il est gardé sous silence par peur, par honte, par désespoir ainsi que par empathie pour le beau-père. J’ai particulièrement aimé la contradiction entre la première partie qui est consacrée à l’enfance de Camille, auprès d’une famille solide et singulière avec des moeurs légères avec la dernière partie où le secret est révélé, où la famille « solide » est dissoute, où tout est remis en question et où l’ambivalence est saisissante voire même oppressante. Et finalement c’est un peu ça l’histoire de La Familia grande, une famille bouleversante à la fois de par sa grandeur et de par sa puissance dévastatrice. À travers ce texte, Camille Kouchner, nous montre qu’il est important de se battre pour les gens que l’on aime afin de limiter les dégâts. En effet, parfois un drame peut avoir lieu et les répercussions font peur mais l’attente, le poids du silence et les regrets peuvent faire encore plus de ravage notamment auprès d’une famille, même la plus soudée.

Au delà de ça j’ai trouvé que l’écriture et les mots de Camille sont extrêmement bien choisit : ils transcendent et percutent tout en étant très doux. La façon dont le texte est construit laisse suggérer le poids qu’à porté l’autrice durant toutes ces années et qu’elle transmet aujourd’hui à son lectorat : les phrases sont courtes et nominales comme si ce secret était trop lourd à porter et qu’elle devait tout dévoiler, à bout de souffle, rapidement, sans ne rien oublier. Doutes, peurs, détresse, tout est transmis au lecteur avec douceur et froideur.

Un texte fort et engagé mais sans rancoeur ! Camille semble avoir réussit à faire son deuil sur sa vie passée : le secret, sa famille singulière, son frère qui a souffert, sa mère devenue frigide… Elle s’est abandonnée à ce livre qui est presque salvateur pour elle et le transmet avec beaucoup d’émotivité dans les mains de qui voudra bien le prendre. À lire, découvrir et transmettre !

Note : 4 sur 5.

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Publié dans Classiques de la littérature

Anna Karénine – Tolstoï

Résumé de l’histoire (avec spoiler)

Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine. Un jour, Anna se rend à Moscou chez son frère, Stiva Oblonski, qui lui demande de venir pour prendre sa défense vis-à-vis de sa femme Dolly. Ce dernier l’a trompé, il s’en veut terriblement et souhaite renouer des liens avec son épouse qui de son côté ne consent à lui pardonner. Il fait donc appel à sa sœur pour apaiser un peu les tensions familiales. 

En descendant du train qui l’amène voir son frère, elle croise le comte Vronski. Anna tombe folle amoureuse de lui, malgré le fait qu’elle soit déjà mariée à Alexis. Elle lutte contre cette passion nouvelle mais s’y abandonne et finit même par tomber enceinte. Se sentant coupable elle décide d’avouer son infidélité à son mari qui souhaite mettre fin à cette relation et divorcer afin de pouvoir garder le contrôle sur son image. 

La grossesse d’Anna se déroule très mal, en effet, après avoir accouché, Anna tombe extrêmement malade et se sent mourante. Prise de désespoir elle envoie un courrier à son mari, lui demandant son pardon, ce qu’il fera ému par ses remords. Anna ne mourra pas, elle partira faire sa vie avec Vronski et leur fille. Elle finira par sombrer dans la folie à cause de sa jalousie maladive et décidera de mettre fin à ses jours pour ne plus avoir à supporter ce mal-être qui ne cesse de croître en elle. 

En parallèle de cette histoire, nous suivons un autre couple celui de Kitty et Lévine. Kitty est la sœur de Dolly et est en âge de se marier. Un jour Lévine lui demande sa main, Kitty refuse car elle ressent une passion dévorante pour Vronski. Néanmoins ce dernier se prend d’amour pour Anna qu’il croise à la gare et décide de partir avec elle laissant Kitty seule, désemparée et en détresse. Kitty reviendra sur ses positions et renouera un lien avec Lévine, se rendant compte, au demeurant, que l’amour peut parfois mettre du temps à se créer au sein d’un couple mais qu’il reste toujours plus fidèle que la passion sur le long terme (cf. Anna et Alexis mais également Stiva et Dolly).

Bref, il y a pas mal d’intrigues amoureuses dans ce roman, toutes se croisent et toutes s’apportent mutuellement quelque chose, c’est véritablement passionnant ! 

L’analyse littéraire

On est directement plongé dans le quotidien de trois couples de la haute bourgeoisie russe du XIXème siècle qui ont des problèmes ma foi très actuels : infidélité, jalousie, passion, peur du regard des autres…

  • Dolly qui a été trompé par son mari se résigne à lui pardonner mais ne l’aimera plus vraiment, elle restera avec lui plus par convention qu’autre chose.
  • Anna, mariée, tombe folle amoureuse de Vronski et prend le risque de mettre à mal son statut social par passion.
  • Lévine qui est fou amoureux de Kitty sait qu’il n’a jamais été le premier choix de Kitty et ne pourra s’empêcher d’être jaloux de tous les autres hommes autour de lui. 

Néanmoins, Anna Karénine, n’est pas seulement un roman d’amour ou un roman sur l’adultère. En effet c’est également un roman sur la quête de l’absolu, sur ce besoin de tout obtenir de manière insatiable. Le roman est nettement plus sombre qu’il n’y paraît puisque pour, Anna par exemple, seule la mort réussira à la rassasier. L’histoire d’Anna, comme celle de tous les protagonistes de ce roman, pourrait se résumer à une quête du bonheur, à une quête du parfait, mais ces quêtes ne sont qu’illusoires puisqu’elles sont impossibles à atteindre. Le bonheur parfait n’existe pas, nous sommes tous obligés de passer par des moments un peu down pour connaître des moments plus doux, par des phases de désillusions et d’épreuves difficiles pour caresser un jour l’idée d’être heureux. 

Concernant les protagonistes, ils ont tous un rôle majeur à jouer dans ce roman. Toutefois là où les trois quarts des lecteurs d’Anna Karénine ont trouvé que Lévine était le personnage le plus intéressant et bien je ne m’y retrouve pas. Selon moi c’est le personnage d’Anna qui est passionnant et fascinant. En effet, elle tient plusieurs rôles dans cette histoire et c’est pour cela que c’est le personnage que j’ai préféré suivre. Anna est une femme qui attire les regards, elle est moderne et se fiche de ce que peuvent penser les personnes de son rang, seul son bonheur l’importe.  En effet, le fait de quitter son mari, pour vivre avec son amant va totalement à l’encontre des mœurs de l’époque. Elle ose partir, elle ose se montrer en présence de Vronski dans la haute société, elle ose vivre sa vie comme bon lui semble. Selon moi Anna est l’incarnation de la liberté dans ce roman, ce qui le rend moderne. 

Décidément, tu ne veux voir dans la femme qu’une couveuse !… Oui, elle s’occupe de sa fille, elle l’élève même très bien, mais elle ne fait pas parade de cette enfant. Ses principales occupations sont d’ordre intellectuel : elle écrit.

Et c’est d’ailleurs ce qui m’a profondément frappé avec Anna Karénine, c’est un œuvre moderne, qui se démarque, elle parle d’adultère mais elle souligne également l’injustice que subissent les femmes dans ce monde hypocrite de la haute bourgeoisie. Anna est une féministe avant-gardiste, elle fait des choix pour elle sans prendre en considération les autres et elle fait surtout ce que font tous les hommes de l’époque sans pour autant être jugés et pointés du doigt. Elle croque la vie a pleine dent et n’écoute pas les qu’en-dira-t-on ! C’est un personnage qui peut paraître très frigide mais c’est au contraire un personnage d’une grande sensibilité qui ne peut se contenter de vivre une vie sans passion. 

J’ai d’ailleurs au cours de ma lecture était très surprise de voir à quel point Tolstoï se met facilement à la place de ses héroïnes féminines. Les passages qui relatent de la maternité sont réels et pas du tout édulcorés, moi qui suis enceinte à l’heure où j’écris ces mots, je me suis souvent retrouvée dans le discours de toutes ces femmes.  

Si notre jolie Kitty enlaidit pour le moment, combien à chaque grossesse ne dois-je pas être affreuse !… Et puis les couches, les affreuses couches, le déchirement de la dernière minute, les misères de l’allaitement, les nuits d’insomnie, toujours des souffrances, des souffrances atroces !… Et Dolly tressaillit au souvenir des crevasses aux seins dont elle souffrait à chaque grossesse.

Un autre personnage sur lequel on ne met selon moi pas assez l’accent, c’est celui d’Alexis, le mari d’Anna. C’est un homme qui travaille énormément, c’est justement ce côté workaholic qui fera que son épouse ira voir ailleurs, elle s’ennuie dans son mariage et a besoin d’un peu de fantaisie. Néanmoins, Alexis est un homme issu d’un rang plutôt haut au sein de la société et il laisse sa femme le tromper sous réserve qu’elle reste discrète. Il tolère l’adultère sous réserve qu’il ne se fasse pas aux yeux de tous. Dans le fond c’est celui qui souffre le plus et qui perd le plus. Il devient la risée de toute un rang, il n’a plus d’épouse, il pardonne Anna quand elle est au plus mal et est profondément attristé de sa mort malgré tout. C’est un personnage qui a une profonde empathie, qui ne souhaite pas spécialement faire du mal à ses proches. C’est un personnage qui m’a fait beaucoup de peine, puisqu’il est profondément bon mais cela ne lui réussit pas vraiment car sa bonté est plus perçue comme une faille qu’autre chose. In fine c’est le personnage qui a le plus perdu de plumes dans ce roman. 

Finalement quand on y réfléchit Anna Karénine c’est un roman qui se veut encore très actuel, il dépeint une société fausse, dans le paraître, qui veut tout et tout de suite et qui met de côté les femmes ainsi que les bonnes personnes. Oui, je sais, c’est flippant de se dire que le monde n’a pas vraiment avancé depuis la publication de ce livre ! 

Mon avis

Je n’ai jamais osé lire ce livre avant, j’avais peur que le style soit trop difficile et au vu du nombre de pages j’avais peur de perdre pieds mais vraiment pas, le style de Tolstoï est très accessible pour peu que l’on passe un peu sur les noms russes assez délicats à retenir je vous l’accorde 😛 

Ce livre c’est la vie, la vraie, il n’est pas romancé, pas exagéré, il est réel. C’est un roman qui permet de mieux appréhender la haute société russe de l’époque et ses sournoiseries tout en revenant sur la condition des femmes de l’époque. C’est un texte riche et audacieux qui se doit d’être lu et qui mérite son appellation de classique de la littérature. Je reviendrais tôt ou tard vers Tolstoï, je suis trop curieuse de découvrir le reste de ses œuvres et voir s’ils sont tous aussi bons qu’Anna Karénine

J’ai adoré et je recommande vraiment ! Le nombre de page peut effrayer mais vraiment ne vous fiez pas aux apparences, on ne les voit pas passer !

Elle voit en vous une véritable héroïne de roman, et prétend que, si elle était un homme, elle ferait mille folies pour vous.

Pour aller plus loin sur Anna Karénine

  • Mention spéciale pour le film de Joe Wright avec Keira Knightley, Jude Law en acteurs principaux, que j’ai désiré regarder à la suite de ma lecture et qui est je trouve extrêmement fidèle à l’oeuvre littéraire. Si vous ne vous sentez pas de partir sur la lecture sans savoir de quoi ça parle je vous invite chaudement du coup à vous regarder ce film, qui date de 2012 et qui est très bien réalisé.
  • La vidéo YouTube de la chaîne de vulgarisation littéraire au 80 000 abonnés, Le mock sur l’oeuvre entière.
  • La version audio, disponible sur Audible gratuitement pour le mois d’essai ! (je touche une petite commission si vous testez l’offre gratuite)

Note : 4.5 sur 5.

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Publié dans Littérature

Meurtres et Pépites de Chocolat – Joanne Fluke

J’ai succombé à ce livre en le voyant passer un peu partout sur Instagram et j’ai vraiment bien fait, je ressors de cette lecture très enthousiaste et extrêmement impatiente de lire la suite des enquêtes d’Hannah.

Vous le savez probablement, j’ai découvert le genre du cosy mystery tout récemment et depuis je ne m’en lasse plus, j’aime tout autant lire le livre que passer des heures à faire des recherches sur la prochaine lecture que je vais réaliser. Comme dit précédemment j’ai vu passer ce titre un peu partout sur les réseaux et telle une personne extrêmement influençable, je me suis un peu ruée dessus quand je l’ai vu en librairie.

Dans ce livre on va suivre Hannah qui tient un petit magasin spécialisé dans la vente de café-cookies au coeur du joli village de Lake Eden. Un beau matin elle tombe nez à nez avec le corps (sans âme qui vive dedans, mais ça, vous vous en doutez) d’un habitant du village en partant ouvrir son café. Hannah décide de faire appel à son beau-frère qui est le shérif du village mais surtout de lui prêter main forte afin de débusquer le coupable de ce crime qui vient nettement perturber l’ambiance chaleureuse de son village paisible.

Une enquête policière surprenante où humour et douceur se mêle entre deux fournées de cookies. Mention spéciale au chat d’Hannah, Moshe, qui en plus d’être probablement le chat le plus mignon de l’univers est un personnage à part entière de l’histoire. Si je devais reprocher une seule chose ce sont les clichés infernaux que la maman d’Hannah, Delores, sort en permanence : une femme de 30 ans ça doit forcément être en couple, bientôt mariée avec un gosse voire deux au milieu. Mis à part cela, j’ai véritablement a-do-ré, et j’ai déjà hâte de découvrir la suite de la saga.

En bref c’était un cosy mystery gourmand à souhait comme je les aime ! D’ailleurs… pour les plus gourmands d’entre vous, sachez que toutes les recettes de cookies d’Hannah sont dévoilées au fil des pages. Autant vous dire que j’ai des tonnes de recette de cookies hihihi.

Note : 4 sur 5.

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